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|Portrait| Les héritages de Célimène Daudet

Pour deux saisons, la pianiste est associée à la programmation de la Soufflerie. L’occasion de créer un lien nouveau avec le public et de proposer des spectacles de formats différents, pour une artiste qui aime les expériences et les collaborations.

Nourrie des cultures française et haïtienne, la pianiste Célimène Daudet a choisi d’emprunter un chemin personnel et singulier, où la rencontre est le moment privilégié de la création. La rencontre avec d’autres artistes et d’autres disciplines mais aussi avec des compositeurs différents, dont elle aime mettre en regard les répertoires. La démarche a donné naissance au très remarqué Préludes pour piano en 2018, où les œuvres de Messiaen et Debussy se répondaient, et au magnifique Messe noire, qui voit Scriabine et Liszt arpenter les mêmes terres. Souvent, explique la pianiste, cela vient d’une œuvre que j’écoute et travaille depuis très longtemps, que j’ai découverte à l’enfance ou à l’adolescence, qui me fascinait mais était peut-être trop difficile pour moi à l’époque. Je m’aperçois que, vingt-cinq ans plus tard, ces œuvres sont toujours en moi et qu’elles m’ont formée. Je pars souvent d’une de ces œuvres, qui sont comme des compagnons de vie, et j’établis des correspondances avec d’autres, instinctivement. Pas d’un point de vue musicologique mais en termes d’univers sonore, de message philosophique ou métaphysique, de questionnement existentiel.”

Célimène Daudet se tourne aussi vers son héritage caribéen, auquel elle donne un présent en interprétant des compositeurs haïtiens et en lançant le Haïti Piano Project en 2017, avec pour objectif de faire venir en Haïti un piano de concert et d’y créer le premier festival international de piano, dont elle est aujourd’hui la directrice artistique. Cet héritage et cet amour irriguent son dernier disque et le Portrait d’Haïti qu’elle a imaginé en compagnie de l’écrivain Dany Laferrière.

Au cœur de la démarche de la pianiste : la transmission et le partage. Avec ses enregistrements et lors de ses concerts, où elle s’adresse volontiers au public pour éclairer le choix des œuvres jouées, mais aussi avec son activité d’enseignante au conservatoire de Paris : “J’ai grandi avec l’idée que la transmission fait partie de la vie et je ne conçois pas mon métier de pianiste autrement. Pour moi, transmettre est presque une mission, que ce soit sur scène ou avec des étudiants ou dans d’autres contextes.”

À Rezé, sa collaboration avec la Soufflerie couvre l’ensemble de ce spectre généreux : des spectacles de formes et de formats différents (le programme Messe Noire en octobre 2020, le concert littéraire avec Dany Laferrière, une création avec le chorégraphe Yoann Bourgeois) mais aussi des ateliers et des interventions en dehors des salles de spectacle. Avec dans l’idée de créer un lien singulier avec le public : “J’ai toujours un petit regret quand je donne un concert : je voyage, je joue, je vis un moment fort et, je l’espère, le public aussi, puis je rentre chez moi. Et voilà. Ce côté “aller-retour” laisse une espèce de frustration. Là, être artiste associée permet de créer quelque chose sur le long terme, entre le public, le lieu, le territoire. C’est l’opposé du voyage touristique, c’est s’installer quelque part et vivre un peu avec les gens. Cela fait évoluer mon métier d’interprète, le rend encore plus créatif et libère beaucoup de choses dans la tête et dans l’imaginaire.”

Vincent Théval

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