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musique contemporaine

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An Index of Metals

Vidéo-opéra pour soprano, ensemble et trois projections, An Index of Metals est une œuvre phare du 21e siècle, écrite en 2003 par le compositeur italien Fausto Romitelli, quelques mois avant sa disparition, sous l’influence du rock psychédélique et de la musique électronique. Une plongée vertigineuse dans une matière incandescente, aussi bien lumineuse que sonore.

An Index of Metals doit son nom à une longue pièce de Brian Eno et Robert Fripp, enregistrée en 1975, méditative et inquiétante. Mais si Fausto Romitelli assume l’influence du rock psychédélique et de l’électronique sur son travail, ce n’est pas au nom d’un mélange des genres mais pour incorporer ces sources au sein d’une musique écrite. Elle n’en est pas pour autant cérébrale : An Index of Metals est avant tout une expérience sensorielle, où le son est considéré comme une matière à forger et la forme de l’opéra détournée en un flux de sons, formes et couleurs. Une saturation des sens pour une œuvre décrite par son auteur comme une “narration abstraite et violente, épurée de tous les artifices de l’opéra, un rite initiatique d’immersion, une transe lumino-sonore.” Composée en cinquante jours à raison de quinze heures de travail quotidien, mise en image par le vidéaste Paolo Pachini, An Index of Metals est l’une des grandes pièces de notre temps.



Jonas Nordberg & Liam Byrne

Deux valeurs montantes de la musique baroque, le Suédois Jonas Nordberg (luth) et l’Irlandais Liam Byrne (viole de gambe), interprètent des œuvres du compositeur anglais John Dowland (1563-1626) et de Marin Marais (1656-1728) mais aussi des pièces contemporaines écrites pour eux par le compositeur new-yorkais Nico Muhly.

Diplômé de l’université Mozarteum de Salzbourg, le jeune musicien suédois Jonas Nordberg maîtrise une grande variété d’instruments à cordes pincées du 16e au 19e siècle et déploie son talent en solo, ensembles de musique de chambre ou orchestres, essentiellement dans un registre baroque. Avec Liam Byrne, le luthiste explore plus précisément le répertoire français (avec des œuvres de Marin Marais) et anglais (avec des compositions de John Dowland) mais s’engage aussi sur les terres neuves de la musique contemporaine. Né à Staten Island, Liam Byrne partage aujourd’hui son temps entre Berlin et Londres, où sa renommée grandit vite. À trente-sept ans, le violiste a un pied dans le répertoire des 16e et 17e siècles et un autre fermement ancré dans le présent, au fil des collaborations et des pièces écrites pour lui par des compositeurs aussi différents que Valgeir Sigurðsson, David Lang ou Nico Muhly. Ce dernier signe deux pièces de l’album Concrete (2019) et a composé pour le duo qu’il forme avec Jonas Nordberg. Un pont entre les époques, à emprunter avec ce programme réjouissant.



Aquaserge & Jeanne Added

Établi en nonet pour ce spectacle mis en scène par Élise Simonet, le collectif français Aquaserge revisite à sa manière quelques pièces marquantes du répertoire contemporain et brouille les frontières entre rock et musique savante, en donnant sa propre définition de la notion d’interprétation. Avec la participation exceptionnelle de Jeanne Added.

Il y a la possibilité d’un concert de musique contemporaine lambda : un ensemble de pièces composées par des compositeurs et interprétées par des interprètes. Et puis il y a la possibilité d’un nouveau travail d’Aquaserge, quelque chose de différent, qui brouille non seulement les frontières entre les genres mais aussi entre la partition et sa restitution. Depuis sa formation il y a quinze ans, le collectif s’est improvisé une identité mouvante, entre groupe de rock et orchestre de jazz, au fil de huit albums rétifs aux étiquettes et de concerts en liberté. Ce spectacle est inspiré de l’histoire d’une pièce du compositeur américain Morton Feldman, dont l’unique manuscrit, glissé dans un étui de guitare, fut volé avec l’instrument. Jamais retrouvée, la partition fut reconstruite plus tard à partir de l’enregistrement d’un concert de l’époque. C’est cette tension entre écrit et oral qu’explore Aquaserge ici, en revisitant des œuvres de Ligeti, Feldman ou Varèse : emprunts, citations, interprétations ou réarrangements, pour jouer avec toute la gamme de ces possibles.



Roomful of Teeth

Inventer un chant choral du temps présent, c’est le pari de l’ensemble américain Roomful of Teeth et de la brillante compositrice Caroline Shaw, Prix Pulitzer de la musique en 2013 pour son Partita for 8 Voices, au programme de cette soirée en première française.

 Formé en 2009, Roomful of Teeth est l’un des ensembles les plus enthousiasmants de la scène contemporaine américaine, qui a entrepris d’associer un répertoire neuf à des techniques vocales issues de traditions du monde entier. Un vocabulaire d’une infinie richesse qui se déploie au fil de compositions commissionnées à certains des meilleurs compositeurs et compositrices de la jeune génération, à commencer par Caroline Shaw, membre de l’ensemble. Son fameux Partita for 8 Voices est une œuvre a cappella en quatre mouvements qui explore les soupirs, les murmures, les mélodies et effets vocaux sophistiqués ainsi que des sonorités inspirées du katajjaq, le chant de gorge inuit. Une pièce étonnante, belle et joyeuse, saluée par un Grammy Award et le prestigieux Pulitzer Prize for music. Elle est associée dans ce programme à une autre composition de Caroline Shaw et une pièce de Caleb Burhans, compositeur new-yorkais fondateur de l’ensemble Alarm Will Sound. Une soirée aux avant-postes d’une musique contemporaine ambitieuse et accessible.



ensemble 0
musiques d’aujourd’hui #2

Réuni en quartet, l’ensemble 0 propose un programme marqué par la densité sonore et la richesse – rythmique ou mélodique – d’œuvres pour l’essentiel très récentes. Une nouvelle génération de compositrices et compositeurs, ici en dialogue avec deux pièces de Steve Reich et David Lang, modèles et inspirations. 

En ouverture du deuxième programme de musiques d’aujourd’hui conçu par l’ensemble 0 cette saison, la pièce Miracle Ear du compositeur américain David Lang, met sur la voie d’un minimalisme accessible et rêveur. Entre cette œuvre de 1996 et le plus récent Quartet (2013) du maître Steve Reich qui conclut la soirée, le chemin passe par des pièces de jeunes compositrices et compositeurs, qui écrivent le présent avec grâce. Ainsi la pianiste canadienne Sarah Davachi, aux frontières de l’électronique et de l’électroacoustique pour une pièce en apesanteur, ou l’organiste américaine Kali Malone pour une Locus of Repetition qui invite au recueillement. Au cœur de ce programme, deux œuvres inédites : une création de Sarah Hennies et Marc Namblard commandée par l’ensemble 0, et la première française de l’exceptionnelle Walkman Antiquarian du compositeur australien Thomas Meadowcroft, pour piano, sampler et percussions. Une pièce étonnante et généreuse, à l’image d’un programme qui dresse un portrait passionnant des musiques d’aujourd’hui.



ensemble 0
musiques d’aujourd’hui #1

Configuré en octet, l’ensemble 0 décline l’épure musicale en un dialogue entre l’une des œuvres les plus célèbres du 20e siècle (le Musica Ricercata de Ligeti) et des pièces plus récentes, à la fois délicates et audacieuses.

Au cœur du premier des deux programmes de musiques d’aujourd’hui que propose l’ensemble 0 cette saison, Musica Ricercata est non seulement l’œuvre la plus célébrée du compositeur György Ligeti mais aussi une pierre de touche de la modernité musicale au 20e siècle. Si cet ensemble de onze pièces pour piano, composé entre 1951 et 1953, est aujourd’hui familier aux oreilles du grand public, les plus cinéphiles l’associant au Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick, sa construction est très conceptuelle : la première pièce est écrite avec deux notes, la deuxième avec trois, la troisième avec quatre, etc. On y entend, bien avant l’heure, le minimalisme de Philip Glass, ce mélange paradoxal entre épure et densité que l’ensemble 0 souligne en adaptant l’œuvre pour un instrumentarium radicalement différent : cordes, vents, percussions et piano. Le résultat est parfaitement entêtant et dialogue avec des œuvres plus récentes, qui toutes jouent sur la sobriété : dans une version presque ludique avec l’Opera With Objects d’Alvin Lucier, plus tendue avec le Dirt Road de Linda Catlin Smith ou presque méditative avec Pauline Oliveros et son Horse Sings From Cloud.



Erwan Keravec

Sonneur de cornemuse écossaise engagé dans un répertoire contemporain, Erwan Keravec propose un programme sur-mesure, avec des œuvres commandées au compositeur allemand Heiner Goebbels et à Éliane Radigue, ainsi qu’une adaptation d’une pièce de Philip Glass.

Depuis le milieu des années 90, Erwan Keravec explore le territoire des musiques improvisées et constitue un répertoire de musique contemporaine pour cornemuse solo, trio avec voix ou chœur. Sa recherche sur les modes de jeu et d’écoute de son instrument, éloigné de sa culture d’origine, l’a conduit à multiplier collaborations et expérimentations. Il commande notamment des pièces pour cornemuse solo à des compositeurs ne connaissant absolument pas l’instrument, pour le programme Nu Piping, aujourd’hui riche d’une quinzaine d’œuvres écrites pour lui. Les deux plus récentes sont au programme de ce concert : Heiner Goebbels a conçu N°20/58 comme une pièce pour un sonneur en mouvement et Erwan Keravec en entame l’interprétation à l’extérieur de la salle. Éliane Radigue a choisi de contenir le volume sonore de la cornemuse, en un rapport intimiste et délicat qui caractérise son travail. Enfin, en transposant Two Pages, Erwan Keravec transforme la pièce de Philip Glass en un mouvement ample et obsédant.



Encyclopédie de la parole

La parole enregistrée au cœur d’un projet étonnant et d’une mise en scène qui la transforme et l’agence en musique. Une perception différemment aiguisée et des significations nouvelles émergent de cette singulière suite chorale.

L’Encyclopédie de la parole collecte toutes sortes d’enregistrements et les répertorie en fonction de leur cadence, choralité, timbre, adresse, emphase, saturation ou mélodie. À partir de cette collection (plus de mille documents), elle produit des pièces sonores, des performances, conférences, concerts et installations. Depuis 2013, le collectif a entrepris un cycle de Suites chorales basé sur la reproduction de ces enregistrements par des comédiens. La quatrième et dernière de ces suites donne à entendre directement le matériau qui constitue la collection et sert à écrire les spectacles : les enregistrements de parole. Plus d’acteurs sur scène, donc, mais les musiciens de l’ensemble Ictus qui portent et accompagnent les mots, en modifient notre perception. Une sorte de théâtre de fantômes mais avec des spectres bien vivants, qui parlent, chuchotent, crient, apostrophent, rient, dialoguent, comptent, racontent, expliquent, prêchent et consolent, ragent et encouragent, vivent et ne veulent pas mourir.