Retour
haut de
page

jazz

thématique

Chewing gum Silence

Que faire de ces mélodies qui nous restent obstinément en tête comme un chewing-gum sous nos semelles ? Le musicien Antonin Tri Hoang et le metteur en scène Samuel Achache ont leur petite idée sur la question, dévoilée dans un étonnant spectacle tout public, comme un jeu de chaises musicales.

En bon jazzman, le saxophoniste et clarinettiste Antonin Tri Hoang sait étirer et déformer les mélodies, jusqu’à parfois les faire disparaître. Mais tout le monde n’a pas cette dextérité et il arrive à chacun d’être coincé avec un air en tête, sans pouvoir s’en défaire. Les Anglo-saxons ont même un mot pour ça : “earworm”, ver d’oreille. On croyait qu’il n’existait aucun vermifuge pour cette inoffensive espèce mais des chercheurs de l’université de Reading (Angleterre) ont découvert qu’il est possible de s’en débarrasser… en mâchant du chewing-gum. Cela a inspiré à Antonin Tri Hoang ce jeu de chaises musicales, imaginé avec le metteur en scène Samuel Achache et les musiciens Jeanne Susin et Thibault Perriard. Sur scène, les musiciens incarnent des archivistes qui se retrouvent dans l’endroit où sont stockées les mélodies du monde, dans des boîtes en carton d’où elles s’échappent quand on les ouvre. Cherchant à en organiser la circulation, ils rentrent dans un fabuleux jeu d’émotions et de poupées russes sonores.



Jaimie Branch

Fer de lance du label International Anthem, actrice majeure du renouveau de la scène jazz de Chicago, la trompettiste Jaimie Branch a frappé un grand coup avec son album Fly or Die II, manifeste engagé, libre et fiévreux. Dans une singulière formule en quartet, ses concerts sont des moments de communion, généreux et humanistes.

Si Jaimie Branch a vécu un temps à Baltimore et New York, c’est bien à Chicago que tout la rattache. C’est là qu’elle a grandi, dans une ville dont le nom est synonyme d’un jazz aventureux et libre, sous le double patronage bienveillant de l’Association for the Advancement of Creative Musicians et de l’Art Ensemble of Chicago. La vitalité de la scène locale est aujourd’hui symbolisée par le jeune label International Anthem, à qui l’on doit l’émergence de Makaya McCraven ou Angel Bat Dawid. En 2017, après dix années de collaborations, Jaimie Branch publie Fly or Die, brillant premier essai en tant que leader, transformé en 2019 par Fly or Die II: Bird Dogs of Paradise. L’un et l’autre ont été enregistrés en seulement une ou deux journées intenses. Protéiforme et mélodieux, tour à tour doux et rêche, son jazz est fascinant à voir sur scène, avec Jaimie Branch à la trompette, et parfois au micro, entourée d’un batteur, d’un contrebassiste et d’un violoncelliste.



Brad Mehldau solo

Longuement attendue, la venue à Rezé de Brad Mehldau, l’un des jazzmen les plus influents de ces vingt-cinq dernières années, est un événement exceptionnel. Seul, en trio ou associé à des musiciens très différents, il incarne un jazz en mouvement perpétuel, où la technique s’efface devant une inventivité et une liberté époustouflantes.

Découvert au milieu des années 90 au sein du Joshua Redman Quartet – réuni en 2020 pour un nouvel album dans sa formation originelle – Brad Mehldau est l’un des musiciens les plus célébrés et éclectiques de sa génération. Seul ou (merveilleusement) accompagné, mu par un sens inné de l’improvisation et de la mélodie, le pianiste a porté haut les couleurs du jazz le plus libre mais a aussi joué Bach, exploré des sonorités plus électroniques avec Mark Guiliana ou plus folk avec le joueur de mandoline Chris Thile. Avec un répertoire de rêve, où se pressent compositions originales et classiques du jazz ou de la pop (sous ses doigts, les mélodies de Radiohead ou des Beatles sont les germes d’improvisations sublimes). Si Brad Mehldau a peu enregistré en solo (trois albums studio seulement : Elegiac Cycle en 1995, After Bach en 2018 et le récent Suite: April 2020, gravé pendant le confinement), de nombreuses captations live (notamment le magnifique coffret 10 Years Solo Live) témoignent de la magie de ces concerts au répertoire éclectique et parfaitement équilibré, comme des moments suspendus entre douceur et fièvre.



Femi Kuti

[REPORT : Suite à une modification de sa tournée en raison du contexte sanitaire, le concert de Femi Kuti, initialement prévu le mercredi 02 décembre 2020 est reporté au jeudi 11 mars 2021]

Dans le sillage de One People One World, dixième album électrisant et engagé, le roi de l’afrobeat moderne brûle toujours d’un feu sacré sur scène : cuivres et rythmiques syncopées portent des chansons qui sont à la fois des hymnes humanistes et des machines à danser.

Il y a déjà bien longtemps que Femi Kuti s’est fait un prénom, lui qui a tant appris aux côtés de son père, le grand Fela, inventeur de l’afrobeat dans les années 70. Un mélange explosif de funk, jazz, folk nigérian et highlife, la bande son d’une Afrique indépendante et fière, qui a bercé l’enfance de Femi Kuti à Lagos. Il n’a que 17 ans quand il intègre le groupe de son père en tant que saxophoniste. Et quand Fela est emprisonné en 1984, c’est lui qui le remplace à la tête d’Egypt 80 pour deux années qui scellent son destin de prétendant au trône. Aujourd’hui, le Nigérian a non seulement repris le flambeau mais il enrichit et transforme l’afrobeat en une musique à la fois personnelle et ouverte sur le monde. Personnelle par ses textes et par une utilisation renouvelée des cuivres et de l’orgue. Ouverte sur le monde parce qu’on peut y déceler des traces de reggae, de soul et de musiques caribéennes. Un cocktail généreux et revigorant.



Von Pourquery

Héros du jazz français et bien plus encore, le saxophoniste et chanteur Thomas de Pourquery lance − en marge de son fabuleux sextet Supersonic − le projet Von Pourquery, nouvelle incarnation résolument pop, où son écriture et son chant crèvent le plafond. Des bonnes vibrations qui irradieront généreusement l’escale rezéenne de son “All the Love Tour”.

Guidé par le plaisir de jouer, Thomas de Pourquery suit depuis vingt ans un chemin slalomant entre le jazz le plus libre, la pop et le cinéma. C’est avec son sextet Supersonic, formé en 2011, que se produit le grand bond vers un public plus large, avec notamment l’album Play Sun Ra, actualisation d’un jazz protéiforme, spirituel et généreux, célébré par une Victoire du jazz en 2014. Depuis, Thomas de Pourquery est sur tous les fronts, multipliant les collaborations, avec Jeanne Added, Metronomy ou Fred Pallem, et les albums. Parmi ceux-ci, l’embardée pop VKNG, en duo avec le guitariste Maxime Delpierre, révèle un talent insolent pour écrire et chanter des chansons irrésistibles, avec une plasticité vocale et musicale qui évoque David Bowie. Sur le premier EP de Von Pourquery, l’écriture du saxophoniste et chanteur gagne encore en ampleur, entre acoustique et électronique, au croisement de la pop, du folk et de la soul. Une musique sophistiquée, sensuelle et solaire.